Chers tous et toutes, proches du monastère, de loin ou de près,

Nous voilà arrivés au seuil de la Semaine Sainte, dans un contexte si particulier, cette année, après les trois premières semaines de confinement auquel nous sommes tous soumis en raison de la pandémie. Le monastère n’a pas échappé aux consignes sanitaires, avec la fermeture de l’hôtellerie, du magasin, et une nouvelle organisation en communauté.

Une première priorité pour moi, a été d’assumer toutes les décisions à prendre pour nous adapter à cette nouvelle situation, tant du côté de l’infirmerie, que pour la liturgie ou le travail… Pendant ce temps, les sœurs n’ont pas manqué de créativité et d’initiatives pour maintenir le lien avec vous tous et toutes. Vous pouvez ainsi nous rejoindre par notre page sur le site de la Congrégation des Bénédictines de Sainte Bathilde, voici le lien ci-joint :

http://www.benedictines-ste-bathilde.fr/-Martigne-Briand-

Vous y trouverez la retransmission de nos offices (beaucoup déjà nous rejoignent par ce biais et c’est un vrai soutien pour nous aussi), « la petite chronique du confinement », des interview ou vidéos demandés par le diocèse, en témoignage.

En communauté, nous allons bien, chacune occupéesoù il y a besoin. Sr Thérèse, notre doyenne de 95 ans, continue d’arpenter le cloître avec son déambulateur, sans trop comprendre ce qui se passe. Nous le reconnaissons, nous avons un cadre idéal, pour vivre un tel temps de confinement, en pleine nature et bien soutenues par notre environnement.

Dans tout ce bouleversement mondial, nous poursuivons le cœur de notre vie monastique : la célébration de l’office divin, la lectio divina et notre vie fraternelle. La dimension d’accueil, elle, prend une autre forme, celle du soutien par les moyens de communication et par la prière. Depuis trois semaines, nous n’avons plus la célébration eucharistique quotidienne, nous prenons à ce moment-là, un temps de liturgie de la Parole, et, le dimanche et les jours de solennité, nous participons à la messe télévisée. Une décision difficile à prendre, a été celle de la fermeture de notre église, comme cela s’est fait dans le diocèse. Pour les Jours Saints, bien que plusieurs prêtres auraient été volontaires pour venir « se confiner » au monastère et nous assurer les célébrations du Triduum sans public, en conscience (et avec ma conscience médicale !) et dans la prière, j’ai décliné la proposition. C’est un choix, d’autres choix auraient pu être possibles, comme j’en ai eu l’écho dans d’autres communautés féminines, et chaque choix a sa valeur : soit vivre ce manque en communion avec les chrétiens qui n’auront pas de célébrations et en soutien avec le corps médical qui conseille ++ le respect du confinement, soit être un lieu où se vit la célébration du Mystère Pascal, avec et pour le monde. Cela ne nous empêchera pas d’être reliées par la prière avec tous les prêtres de notre diocèse qui devront célébrer sans assemblée. C’est une épreuve pour tous.

L’important, me semble-t-il, c’est de vivre intensément, là où chacun de nous se trouve, avec Amour, que ce soit au monastère ou dans sa maison ou son appartement. Une petite phrase de Saint Silouane a marqué ce début de carême : « Il n’y a pas de fin à l’Amour de Dieu ». Oui, l’Amour de Dieu est toujours là, à travers même l’épreuve, la déréliction, le sentiment d’abandon. Je me remémore aussi cette parole, d’un vieux moine décédé : « Tout faire avec amour… Si vous êtes dans l’affliction, soyez-y avec amour. Si vous êtes dans la joie, soyez joyeux avec amour. » Nous allons vivre plus particulièrement, cette année, ce contraste, entre le drame de la mort et la joie de la Vie. N’est-ce pas ce paradoxe entier que le Christ vit avec nous et pour nous, au cours de Sa Passion – Résurrection ?

Ce temps de « crise », qui est bien antérieur à l’épidémie, nous confronte de plain-pied avec la fragilité humaine, le drame de tant de vies… vraie affliction à traverser « avec amour ». Et en même temps, notre foi chrétienne, va nous faire confesser le Christ vainqueur de la mort par sa Résurrection… le dimanche de Pâques, les Alléluia et les cloches devront retentir avec d’autant plus de force et d’espérance, car l’Amour de Dieu sera/est le grand vainqueur, le salut de nos vies ! Alors, nous chanterons les Alléluia « avec amour » pour tous et toutes, pour le monde et pour que l’espérance soit plus forte que la peur.

Que cette semaine sainte soit l’occasion, le moment favorable (kairos), pour nous tous et toutes, pour trouver, retrouver, la Présence de Dieu en nos vies, présence d’amour qui peut renouveler nos vies. S’attacher au Christ, dans sa marche vers Jérusalem, peut nous faire vivre une vraie densité de la Présence de Dieu.

Et avec tous ceux et celles qui « perdent souffle », de manière figurée ou réellement, nous redisons ces paroles du Psaumes 142 :

« Quand le souffle en moi s’épuise, mon cœur au fond de moi s’épouvante.
Je tends les mains vers toi, vite, réponds-moi, Seigneur : je suis à bout de souffle !
Fais que j’entende au matin ton amour, car je compte sur toi.
Ton souffle est bienfaisant : qu’il me guide en un pays de plaines. »

Jésus va remettre son dernier souffle sur la Croix, pour que de son côté transpercé, jaillissent des fleuves d’eaux vives, et que le souffle de l’Esprit Saint se dépose et anime, dans un nouvel élan, notre monde, nos familles, nos communautés, et nos propres vies.

Redire simplement cette petite prière peut être un vrai réconfort pour les semaines à venir :

« Seigneur Jésus, tu es ma joie, envoie ton Esprit et sauve-moi. »

C’est la formule de « la prière de Jésus » adaptée par le Père Bernard Ducruet, abbé émérite de l’abbaye de St Benoît sur Loire, proche de notre communauté, décédé ce dimanche des Rameaux du Covid 19.

En profonde communion de vie et d’espérance : vous savez que toute la communauté se joint à moi pour vous redire notre soutien fraternel.

N’hésitez pas à nous confier vos intentions de prière et à nous donner de vos nouvelles.

Sœur Céline

Lettre Soeur Céline du 6 avril 2020

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